le Prozac, l’Effexor, le Deroxat, le Zoloft et le Seropram : ne sont pas plus efficaces qu’un placebo !

LE FIGARO
L’efficacité du Prozac sérieusement contestée
JEAN-MICHEL BADER
SANTÉ PUBLIQUE Une analyse de tous les essais cliniques des antidépresseurs de dernière génération ne montre pas de différence avec les placebos. COMMENT les Français réputés pour leur boulimie de « pilules roses du bonheur » vont-ils réagir à cette nouvelle ? Deux scientifiques réputés, Irving Kirsch, de l’université de Hull (Royaume-Uni), et Blair Johnston, de l’université du Connecticut (États-Unis), viennent de passer en revue la totalité des essais cliniques des six antidépresseurs de nouvelle génération les plus prescrits : le Prozac, l’Effexor, le Deroxat, le Zoloft et le Seropram (le Serzone a été retiré du marché en 2003). Leur verdict est sans appel. Ces médicaments, qui appartiennent tous à la catégorie dite des inhibiteurs de la recapture de la sérotonine, ne sont pas plus efficaces qu’un placebo ! Autrement dit, un médicament ne contenant pas de principe actif…

Comment le corps médical a-til pu prescrire ces drogues à des dizaines de millions de personnes dans le monde au cours des vingt dernières années (en 2000, 9,7 % des Français bénéficiant du régime général, soit environ 5,5 millions de personnes, s’étaient vu prescrire au moins une fois un antidépresseur) ? La réponse a déjà été donnée le mois dernier dans le New England Journal of Medicine (nos éditions du 22 janvier 2008) : les laboratoires pharmaceutiques ne publient que les études donnant des résultats positifs. Du coup, l’efficacité des médicaments qu’ils promeuvent avec l’aide des psychiatres « leaders d’opinion » est largement exagérée…

Aujourd’hui, Kirsch et son équipe enfoncent le clou d’une manière originale. Grâce à un dispositif légal unique au monde, le Freedom of Information Act, qui donne accès à tout citoyen américain aux documents administratifs publics, ils ont pu obtenir de la Food and Drug Administration ( FDA) les dossiers des 47 essais cliniques effectués par les laboratoires pour obtenir l’autorisation de mise sur le marché de leurs antidépresseurs. Et notamment les essais non publiés, qui sont très souvent négatifs.

Les chercheurs ont alors découvert que quatre études concernant le Zoloft de Pfizer (parmi tous les essais existants) ne montraient pas d’effet thérapeutique significatif. Même chose pour le Seropram, du laboratoire Lundbeck, avec un essai négatif.

Selon les auteurs, ces « mensonges par omission » représentent entre 23 et 38 % des patients inclus dans tous les essais cliniques évaluant les antidépresseurs. Ce qui fait beaucoup… L’analyse complète de toutes les données effectuée par ces chercheurs, y compris celles non publiées, a pour effet de « diluer » les performances des médicaments. Du coup, une fois ces études négatives prises en compte, l’efficacité des antidépresseurs apparaît à peine différente d’un placebo.

« Psychiatres non formés »

La sévérité de la dépression est estimée en fonction des réponses à 21 questions posées au patient, selon une échelle d’évaluation élaborée en 1960 par le psychiatre britannique Max Hamilton. L’analyse des essais cliniques publiés ou non, soumis à la FDA, montre une différence de seulement 1,8 point sur cette échelle entre le placebo et l’antidépresseur. Or, les recommandations officielles du National Institute for Clinical Excellence britannique (Nice) exigent un écart d’au moins 3 points pour valider l’efficacité d’un antidépresseur.

Plus gênant : les études non publiées ont été cachées au Nice, quand ses experts ont fait des recommandations concernant le traitement de la dépression.

Tim Kendall, directeur adjoint du Royal College of Psychiatrists Research Unit, a estimé dans le Times que les résultats de cette étude sont « fantastiquement importants » et qu’il était « dangereux pour les compagnies pharmaceutiques de ne pas publier toutes leurs données ». Pour le Pr Jean-Michel Ougourlian, psychiatre à l’Hôpital américain de Neuilly, « le drame de ces nouveaux antidépresseurs, c’est qu’ils sont mal prescrits. Les gens y ont fait appel pour un amour déçu, une période de chômage, un coup de blues… C’est l’ignorance des médecins : une mélancolie grave ne répond pas à ces drogues. Le problème est en amont : les psychiatres ne sont pas formés et les diagnostics ne sont pas assurés ».
 
L’étude source (anglais) :
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